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Agence régionale de santé

Dominique Voynet mise devant ses responsabilités

Image : ARS Mayotte
Un courrier du syndicat CFDT daté du 4 mars, adressé aux élus locaux et parlementaires, dénonce la gestion administrative calamiteuse de la directrice de l’ARS, Dominique Voynet, suspendue à une grève latente, reportée en raison de la pandémie du coronavirus. La missive traite des « revendications des agents de l’ARS Mayotte », évoquant les difficultés que subit le personnel, le refus de tout dialogue social et les dysfonctionnements internes.
La lettre ne porte pas de jugement sur la gestion de la crise covid. Elle dresse un constat partagé par l’autorité sanitaire et l’opinion publique : « Mayotte cumule les records avec un taux d’incidence de plus de 900 pour 100 000 habitants au plus fort de la crise, un nombre très élevé de décès (au moins 110 dont plus de la moitié au cours du seul bimestre de l’année 2021, et une explosion de la dengue en 2020 avec 4 500 cas ». Mme Voynet a d’ailleurs confié son désarroi à la presse : « La crise nous a échappé », un aveu d’échec !
Le courrier alerte surtout sur les dysfonctionnements persistants qui engendrent des malaises, à savoir : construction d’une ARS de plein exercice sacrifiée ; absence d’organisation interne qui réponde aux enjeux du développement sanitaire et social de l’île. En un mot, la directrice avance à l’aveugle, sans feuille de route précise, source de tous les dérapages.
L’absence de feuille de route écarte tout progrès
Les objectifs qui ont présidé à la création de l’agence mahoraise en 2020 étaient pourtant bien définis. Idéalement, répondre à la nécessité d’une plus forte déconcentration des décisions de l’Etat, davantage rapprochées de Mayotte pour faire face aux défis complexes auxquels le système de santé est confronté. Stratégiquement, piloter au niveau local une politique de santé au plus près des besoins de la population mahoraise, dans une logique de proximité prenant en compte les réalités socio-culturelles, notamment le bilinguisme (shimaore et shibushi), l’analphabétisme et l’illettrisme.
Décentraliser donc, pour une raison évidente. « L’information écrite est difficilement accessible à une grande partie de la population. La communication orale doit être privilégiée ainsi que la prise en compte des représentations socioculturelles de la santé, de la maladie, du fatalisme, de la volonté de Dieu et de la peur de la stigmatisation », écrit le syndicat. D’autre part, « développer un système de santé qui n’échappe aux Mahorais », ajoute le personnel. Or, force est de constater que « l’ARS n’a ni les conditions ni les organes pour la réussite des missions qui incombent à l’institution », souligne la lettre qui, curieusement, n’a pas été adressée au préfet pour information et avis.
Selon la CFDT, l’absence d’une feuille de route claire écarte tout progrès. Ainsi, la mise en place du Plan régional de santé est freinée, or le PRS doit être construit en concertation, avec la participation des élus et de toutes les forces vives du territoire. « Le projet de construction d’un second hôpital en Grande-terre sera difficile à mettre en œuvre s’il n’est pas prévu dans ce document indispensable, il en est de même de tout ce qui touche à l’investissement immobilier du Centre hospitalier de Mayotte », précise un représentant syndical.
Dysfonctionnements et gestion administrative chaotique
Le point focal de la lettre concerne l’absence des directions clés de l’ARS, visant à mettre en œuvre une politique structurelle et organisationnelle ambitieuse en matière de santé. Deux échelons manquent à l’appel.
D’une part, la direction des systèmes d’information qui doit pallier les conséquences néfastes du désert médical criant ; la DSI permettrait le développement de la santé numérique, outil stratégique pour faire bénéficier à la population les spécialités absentes sur le territoire. Et pourtant, la Directrice générale a décidé autoritairement de confier la destinée de l’E-santé de Mayotte à une structure basée à La Réunion.
D’autre part, la direction de la stratégie et de la performance qui aura en charge, entre autres, deux missions essentielles :
– La politique de formation des professionnels de santé devant exercer dans les structures sanitaires et médico-sociales. Il s’agit de la forme d’attractivité par excellence en ce qu’elle favorise’ l’amélioration de la gouvernance du système de santé de Mayotte par la formation des professionnels sanitaires et sociaux issus de la population locale ou ayant connaissance de l’identité culturelle. Cette perspective permet d’avoir une assise médicale incarnée par des praticiens locaux;
– L’inspection et le contrôle nécessaires pour s’assurer de la qualité de la prise en charge de l’usager dans les différentes structures sous tutelle de l’ARS, dont le CHM et les maternités décentralisées.
Pour le syndicat majoritaire, Dominique Voynet n’aurait pas tenu ses engagements inscrits dans le protocole de sortie de crise qui mettait fin à la grève de 2020. Son comportement discriminant à l’égard des cadres mahorais crée par ailleurs des tensions qui paralysent l’exercice des missions institutionnelles. Enfin, la gouvernance de l’ARS est trop centralisée, personnalisée, discriminatoire, et par conséquent chaotique. Toutes ces raisons ont conduit le secrétaire général de la CFDT, Ousseni Balahachi, à demander publiquement, par presse interposée, son départ de Mayotte.

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