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Covid et échec de la politique diplomatique de la France

Un fiasco dont les Mahorais sont les victimes

L’intolérance se déchaîne dans le département de La Réunion à l’égard de la communauté mahoraise, accusée de tous les torts (insécurité, contamination au coronavirus, climat social brûlant…). Une analyse de la gouvernance française devrait apaiser le déchaînement de violence verbale et stopper l’escalade haineuse, entretenue par des personnes qui ont une mauvaise lecture de la politique diplomatique de la France dans la zone du canal de Mozambique et de ses conséquences regrettables sur la départementalisation de Mayotte.
L’explosion de la Covid dans l’île, imputée à la variante sud-africaine introduite à partir de l’Union des Comores, signe l’échec de la diplomatie française sur trois fronts : la structuration du système sanitaire comorien sur financement de la France est une chimère ; la coopération sanitaire entre Mayotte et les Comores est matériellement impossible dans un contexte de désert médical ; le système des évacuations sanitaires mis en œuvre par l’Agence régionale de santé océan-Indien (ARSOI) a définitivement montré ses limites.
Conscient de ce naufrage, le président de la République, Emmanuel Macron, va-t-il changer de logiciel diplomatique ? On le souhaite vivement, pour deux raisons.
D’une part, le chef de l’Etat sait maintenant, de manière irréfutable, que la libre circulation des ressortissants comoriens vers Mayotte (suppression du visa d’entrée, une folie diplomatique, titre de séjour territorialisé, cantonnement des immigrés clandestins dans les bidonvilles), recèle des dangers réels pour la population mahoraise, mais aussi pour la population réunionnaise.
D’autre part, en s’élevant contre les évacuations sanitaires au départ des Comores vers Mayotte en direction de La Réunion, pratique d’assistance humanitaire qui a été longtemps avantageuse pour le département voisin, les élus réunionnais remettent directement en cause le projet diplomatique de la France de créer une grande Région française de l’océan Indien, institution ingérable à laquelle les Mahorais se sont opposés depuis sa conception.
La stigmatisation dont les Mahorais font l’objet, accusés par les associations humanitaires de xénophobie à l’égard des migrants comoriens et africains, harcelés moralement à La Réunion, est le résultat d’une politique diplomatique surannée, préjudiciable au développement de Mayotte. Loin de servir les intérêts supérieurs de la France dans le bassin de l’océan Indien, l’immigration clandestine, principalement anjouanaise, encouragée par les ONG, officines diplomatiques par excellence, est un cancer qui ronge la société mahoraise, dont les métastases gangrènent insidieusement le corps social réunionnais, au point de lui faire perdre cette image surfaite de « champion du vivre ensemble » qui relève du racolage touristique et de la publicité mensongère.
Deux solutions pour mettre un terme au psychodrame
Le patron de l’Elysée tirera-t-il les leçons d’un fiasco diplomatique dont les Mahorais sont les victimes collatérales ? Deux solutions s’offrent à lui pour rendre justice à une population menacée de mort par un virus invisible, agressée pour son identité et son choix statutaire, confrontée par ailleurs aux antagonismes insulaires et aux violences intercommunautaires :
– Mettre un terme au désert médical, en lançant les deux chantiers de construction du deuxième hôpital de Grande-terre et de préfiguration du futur CHU ou CHR, non prévus dans le PRS mis en place par l’ARSOI, structure dirigée par les élus réunionnais au détriment du système de santé et médico-social de Mayotte, sevré de financement, maintenu dans l’indigence jusqu’à la création d’une ARS mahoraise de plein exercice en 2020 ; l’obsolescence des équipements et la saturation des services du Centre hospitalier de Mamoudzou imposent un investissement conséquent pour répondre aux besoins des patients toujours plus nombreux, faire face à une pression démographique insoutenable pour le CHM et enrayer l’émigration des Mahorais à La Réunion pour raisons sanitaires.
– Relancer les négociations d’intégration de Mayotte dans la Commission de l’océan Indien (COI), la réussite de la coopération sanitaire au plan régional, notamment sur le volet scientifique (lutte contre les endémies tropicales (dengue…) et les maladies infectieuses, dont le Sida, est à ce prix. Cette intégration est « une nécessité impérieuse » disait le président Jacques Chirac en son temps. La Covid et son cortège de décès montrent que cette exigence mahoraise, légitime, est impérative pour sécuriser le territoire, le préserver des risques internes et exogènes (sanitaires, écologiques, terroristes…) et assurer la paix sociale dans nos pays respectifs.
La gestion catastrophique de la pandémie du coronavirus, la polémique sur la provenance de la variante sud-africaine ainsi que le psychodrame réunionnais sur les évacuations sanitaires nous enseignent que le grand malheur de Mayotte est la stratégie d’extraversion politique (vers les Comores et La Réunion) que la République lui impose contre la volonté des Mahorais qui veulent vivre une départementalisation apaisée, pleine et entière, indépendante des soubresauts d’un environnement politique régional instable.

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