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Estelle « Les pressions sur moi ne fonctionnent pas… Je reste à la tête du collectif »

Préssions, intimidations sur une femme qui a la tête haute

Estelle YOUSSOUFFA et son frère poursuivis et accusés de rébellion suite à leur arrestation le 22 octobre 2019. Arrêtés violemment et sans motif alors qu’ils venaient écouter pacifiquement le Président de la République. Ils seront entendu au tribunal de Mamoudzou le 7 septembre 2021.

Qui est Estelle YOUSSOUFFA ?


Estelle Youssouffa est une journaliste indépendante française et bilingue. Elle est aussi consultante en affaires internationales. Forte de 20 ans d’expérience en tant que présentatrice de journal télévisé et journaliste d’investigation, elle est productrice exécutive. Elle fournit également des analyses stratégiques globales aux PDG et anime des conférences internationales. Elle a travaillé pour l’émission de politique internationale de France 2 Un Oeil sur la Planète, pour TV5 Monde, Al Jazeera English et LCI.  Elle a créé le Leaders’ Seminar qui a réuni 60 dirigeants occidentaux, arabes et africains à Marrakech en 2014, à Abidjan en 2016 et Kigali en 2017.  Elle est membre de l’Africa Leadership Network, ancienne élève du programme Young Leaders de la French-American Foundation (2011-2012) et du programme Atlantic Dialogues Young Leaders du German Marshall Fund (2013). Estelle Youssouffa a obtenu un diplôme d’études de journalisme à Tours, en France, avant d’étudier les relations internationales et les sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal, au Canada.

Témoignage d’Estelle sur son arrestation. 


Vous avez tous vu les images de mon arrestation avec mon frère le 22 octobre 2019 : nous étions venus écouter pacifiquement le Président Macron à Mamoudzou et nous avons été interpelés violemment et sans motif.

Mayotte la Première avait tout filmé, vous avez été témoins de ce qu’il s’est passé.
Mon frère et moi avons choisi la non-violence mais nous avons malgré tout été insultés et brutalisés par la Police.
Cette partie du dossier est d’ailleurs sur le bureau du Défenseur des Droits.

Le Procureur a décidé de nous poursuivre et nous sommes accusés de rébellion: nous passerons au tribunal de Mamoudzou le 7 Septembre.

Ce sera peut être long mais nous sommes convaincus que la Justice nous lavera de cette injustice. Parce qu’en vérité, NOUS sommes les victimes dans cette affaire et la Justice ne peut que reconnaître notre innocence. J’ai confiance dans les juges qui sont des magistrats indépendants. Ils sauront relever que notre arrestation n’était pas légale et qu’à aucun moment nous n’avons opposé de résistance violente «.

Alors, oui, nous avons été brutalisés et insultés par quelques policiers mais je veux ici appeler nos soutiens, nos amis à rester calmes et respectueux des forces de l’ordre. Les agissements de certains ne doivent pas salir celles et ceux qui portent avec courage l’uniforme, celles et ceux nous protègent et se dévouent pour notre sécurité à tous.

Il ne faut pas instrumentaliser notre affaire pour alimenter la haine anti policiers ou un discours anti français : ce serait de la récupération et totalement contraire à nos valeurs républicaines.

Nous souhaitons que l’audience se passe dans la sérénité pour la justice et la vérité soient rétablies.

Parce que vous savez tous que certains espèrent que cette affaire nous poussera au dérapage, nous poussera à la violence pour nous mettre hors la loi et pour nous mettre hors jeu.

Vous connaissez tous cette petite musique qui tente de nous faire passer pour des extrémistes alors que nous réclamons simplement l’État de droit plein et entier à Mayotte…
Certains penseront certainement qu’il s’agit d’acharnement, d’une machination pour nous faire taire. Pour faire taire le Collectif.
Certains penseront que nous nous laisserons intimider et qu’on nous réduire au silence.
Alors je le dis ici : les pressions sur le Collectif ne fonctionnent pas.
Les pressions sur moi ne fonctionnent pas.

Je garde la tête haute et rien ne me fera reculer : nous nous battons pour la dignité de notre île, pour l’égalité des droits avec nos compatriotes.
Notre lutte est juste. Notre lutte est pacifique.

Notre lutte appelle au respect de la loi, la même pour tous à Mayotte comme ailleurs en France. Pas plus mais pas moins de Droits.
Et je rappelle qu’avoir des idées n’est pas un crime en France ni à Mayotte. Nous vivons dans un État de droit et il faut que l’on respecte nos institutions comme les citoyens.
Je le redis ici : les pressions sur moi ne fonctionnent pas.
Oui, cette arrestation violente a été un traumatisme et cette accusation de rébellion est une épreuve.
C’est une épreuve de plus dans une longue liste de pressions pour me faire payer et arrêter mon engagement pour Mayotte.
Depuis le premier jour de mon activisme public en 2018, je subis les pires attaques. Vous l’avez tous vu et entendu. Menaces de mort. Diffamation. Intimidations. Injures publiques sur mes ancêtres. Harcèlement en ligne. Harcèlement administratif.
Mon domicile a été visité. Mes employeurs ont reçu des messages directs pour me faire renvoyer.
Mais cela ne change rien à mon engagement. Absolument rien.

Vous connaissez l’Histoire de notre île.
Nos anciens n’avaient rien et ont lutté pour Mayotte. Pacifiquement, avec courage et détermination.
Nous devons chacun faire notre part. Je fais simplement la mienne.
Pacifiquement, avec courage et détermination.

Je reste à la tête du Collectif des Citoyens et nous restons actifs et radicalement engagés pour notre ile.

Depuis cette affaire, nous n’avons pas reculé et nous avons attaqué l’État en justice 3 fois pour lutter contre les discriminations dont Mayotte est l’objet.
Depuis cette arrestation, nous avons mobilisé, acheminé et distribué 4,2 tonnes de matériel médical pour Mayotte.

Depuis cette arrestation, nous avons continué à protester publiquement, à interpeller le gouvernement, pour réclamer l’égalité et la sécurité à Mayotte.

Nous travaillons pacifiquement, méthodiquement, rationnellement pour faire bouger les lignes.

Rien ne nous fera renoncer à défendre Mayotte.
Aucune pression, aucun procès. On avance !

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