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Le sultanat : une institution arabo-musulmane, un régime esclavagiste

Aux XIème et XIIème siècles, apparaît une seconde vague de migration. Mayotte entre sous l’influence swahilie par l’installation de nouveaux clans originaires de la côte orientale africaine et sudarabique, venus pour s’enrichir du commerce régional et propager l’islam. Ces nouvelles influences transforment profondément les sociétés insulaires comoriennes qui adoptent le même mode de vie des populations swahilies. C’est l’époque où des cités se constituent, prospérant du commerce des esclaves et de l’exportation des productions agricoles (viandes, riz). L’élevage du zébu se généralise, les enclos pastoraux se multiplient. Constitution de cheptel, maîtrise du commerce régional et islamisation participent à l’apparition d’une nouvelle aristocratie.

Les enceintes fortifiées signalent l’existence de potentats locaux. Les habitations en pierre, résidence des élites, apparaissent dès le XIVème siècle. Les rivalités entre ces cités et peut-être déjà entre les îles, se traduisent par la multiplication des sites fortifiés. Un processus d’urbanisation s’amorce. La société mahoraise reste dominée par une aristocratie Fani cosmopolite, fruit du brassage entre les féodaux et les nouveaux clans. L’essentiel de la population reste composée d’esclaves qui ont contribué à peupler et à mettre en valeur l’île.

Au cours des XIIIe-XIVème siècle, le nombre de villages augmente, croissance démographique que le recours à l’esclavage peut expliquer. C’est à cette époque que se développent les ports antalaotra de la côte malgache. De nombreux indices (témoignages portugais) laissent entendre que les Comores importent aussi des esclaves africains. On entrevoit alors que « l’élevage des esclaves » décrit en 1521 par Piri Reis est une spécialité déjà ancienne des Comores.

Jusqu’à la fin du xve siècle, Mayotte est morcelée en divers territoires indépendants commandés par des chefs traditionnels, les Fani, qui constituent une aristocratie d’influence swahilie et malgache héritière des siècles passés. C’est donc dans une société largement intégrée au grand commerce que vont s’épanouir les premiers sultanats fondés par des princes swahilis de la lignée des shirazi.

A défaut d’être les premiers musulmans installés à Mayotte, les premiers arrivants de sang noble ayant immédiatement prétendu au pouvoir épousent les filles des rois locaux pour fonder une dynastie. Une fois établis, faisant preuve de prosélytisme, ils ne tardent pas à convertir à l’islam les populations locales.

Shiraz restera une référence idéologique pour les nombreuses populations de l’océan Indien. Les Shirazi sont des Swahili, originaires de la côte de Benadir, et liés historiquement à la Perse. Ils imposent une domination intellectuelle, religieuse et politique aux populations des Comores qui apparaissent en position d’infériorité vis à vis des pieux musulmans arrivant des grands foyers religieux de l’Islam, à savoir les Cités- Etat d’Afrique de l’Est (Kilwa, Zanzibar). A partir du XVIème siècle, ils mettent en place une aristocratie qui contrôle les activités portuaires puis, tout en nouant des alliances avec les chefs locaux, forment des clans qui deviennent peu à peu des Sultanats. La société est organisée en classes avec les nobles (Kabaila), la classe d’hommes libres (Wagwana), agriculteurs et pêcheurs, et les esclaves (Washindzi ou Warumoi).

L’expression de cette migration se fait avec quelques variantes. Selon Jean Martin, Mayotte était au départ gouvernée par une aristocratie plus ou moins arabisée, qui prenait le titre de «sultan» en arabe, «faoumé» en swahili. La première dynastie régnante aurait été fondée par un prince arabe, Mohammed ben Hassan, dit Mouchindra – « Le vainqueur ». La tradition rapporte que ce chef qui commandait à la Grande Comore fut obligé de se soustraire à la tyrannie des Portugais par la fuite, en se réfugiant avec une partie des siens à Mayotte. Attoumani ben Mohamed épouse la fille du Fani de Mtsamboro et fonde la première dynastie princière de Mayotte. De ce mariage naquit Jumbe Amina, qui épousa le sultan d’Anjouan, Mohammed ben Hassan. Dominant déjà Mohéli, celui-ci étend ainsi son influence à Mayotte. De ce mariage naquit Aïssa ben Mohamed qui hérita, par sa mère Amina, du droit de régner sur le sultanat de Mayotte.

Pour des raisons de défense, la capitale de l’île fut transférée de Mtsamboro à Tsingoni vers 1530. Située sur une éminence, encerclée par deux baies bien échancrées, la nouvelle ville est plus centrale et plus facile à défendre des agressions extérieures. Le règne d’Aïssa est une période de prospérité pendant laquelle le sultanat est consolidé (domination de tous les anciens Fani qui conservent néanmoins une partie de leurs anciens pouvoirs en exerçant localement la fonction de vizir), affirme son indépendance (fortification de localités de la côte occidentale – face à Anjouan), et s’ancre dans la culture swahilie (développement dans plusieurs localités de quartiers urbains en pierre, alliances matrimoniales avec les clans Hadrami de l’archipel swahili de Pate, qui entretient des réseaux commerciaux prospères entre Madagascar, les îles des Comores et la péninsule sudarabique (notamment pour la traite des esclaves malgaches).

Les Shirazi introduisent une architecture développée utilisant la chaux et le ciment, la charpenterie, le tissage du coton, le calendrier solaire persan et d’autres nombreux produits venus du Golfe Persique. Les techniques de construction évoluent significativement. Les maisons en dur apparaissent, aux côtés des cases traditionnelles construites en torchis, en feuilles de cocotier tressées et en raphia. La colonisation shirazienne entraîne donc un changement de régime politique, de culture religieuse et des progrès techniques. Le transfèrement de la capitale  à Tsingoni symbolise cette évolution. Autre fait marquant, la construction de la première mosquée de pierre de Mayotte, signalée à Tsingoni dès 1521, Aïssa ben Mohamed l’embellit par l’ajout d’un mihrab en 1538.

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