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L’école de la francophonie : un combat contre l’analphabétisme

En 1976, après l’indépendance des Comores, Mayotte, érigée en Collectivité territoriale française, est une île du tiers-monde, qui n’en est qu’au début de son processus de développement économique et de progrès social, il s’agit là d’une lourde tâche pour les élus. Grâce à la stabilité statutaire retrouvée, aux revenus de la Collectivité territoriale et à la pleine coopération des bailleurs de fonds, essentiellement l’Etat par le biais du ministère de l’Education nationale, de gros efforts ont pu être entrepris en matière d’infrastructures, de formation de personnels qualifiés ainsi que de disponibilité des équipements et des fournitures indispensables.

Au niveau de l’enseignement proprement dit, une politique volontariste permet de réaliser des progrès rapides. Le Conseil général nouvellement créé prend alors le seul parti à sa portée : celui de constituer un corps d’instituteurs dans une population à peine scolarisée et à peine francophone. Les recrutements se font localement au niveau disponible : CM2 ou, au mieux, 3ème de collège. Toute la période (1976-1986), qui voit le décollage du système éducatif, est marquée par cette action quantitative, essentiellement axée sur l’enseignement primaire.

A ceux qui se demandent pourquoi n’avoir pas recruté dès cette époque des instituteurs métropolitains, comme ce fut le cas en Afrique du nord et à Madagascar par exemple, et d’avoir délibérément sacrifié toute une génération, on peut rétorquer que la jeune Collectivité territoriale n’aurait pas pu en assurer le financement et la principale préoccupation était de résorber l’analphabétisme. Cette scolarisation quantitative a quand même eu des résultats positifs. Aujourd’hui, il n’est pas un Mahorais de moins de 30 ans qui ne comprenne ou qui ne s’exprime plus ou moins bien en français. La situation était différente il y a 30 ans.

Après un travail de longue haleine qui a exigé de la constance, du temps et les apports administratifs et financiers de l’Etat et du Conseil général, le système éducatif a pris ces vingt dernières années son rythme de croisière. Deux considérations de départ ont guidé la réflexion dans toutes les décisions concernant la politique éducative menée ou à mener à Mayotte :

  • faire progresser la francophonie de manière décisive en luttant contre l’illettrisme et l’analphabétisme ;
  • rattraper les retards en matière de constructions scolaires.

Compte tenu du choix politique librement exprimé par les Mahorais, le français est la langue officielle de l’île, celle de l’enseignement républicain, donc des connaissances et celle de l’administration. Sa maîtrise est perçue comme le moyen d’accéder au savoir, à une vie meilleure. L’école est le tremplin de l’égalité des chances, de l’insertion sociale et de la réussite professionnelle. La gageure apparente d’une scolarisation en langue française dans une île qui n’est pas francophone à plus de 90%, a nécessité l’élaboration d’un projet en plusieurs étapes, d’immersion des enfants mahorais, dès leur plus jeune âge, dans un bain francophone qui les fasse accéder, à coup sûr, au bilinguisme.

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