La question de la gestion de l’eau à Mayotte reste plus que jamais au cœur des préoccupations. Le Département-Région de Mayotte est présenté comme propriétaire des ressources en eau du territoire, notamment des rivières et des ressources du sous-sol, sans pour autant assurer directement leur gestion.
Dans les faits, l’État et la préfecture de Mayotte conservent, selon les éléments portés à notre connaissance, une influence importante sur les décisions relatives à la gestion de l’eau. Une situation qui conduit à une interrogation : pourquoi le Département-Région de Mayotte ne reprend-il pas davantage la maîtrise et la gestion de cette ressource qui appartient au territoire ?
17 sources qui produiraient de l’eau toute l’année
Selon les informations portées à la connaissance de notre rédaction, Mayotte compterait actuellement 17 sources produisant naturellement de l’eau tout au long de l’année.
À celles-ci s’ajouteraient plusieurs dizaines d’autres sources produisant de l’eau occasionnellement, principalement durant la saison des pluies, soit pendant environ six mois de l’année.
Face à l’existence de toutes ces ressources, une question revient : où est la véritable politique de l’eau à Mayotte ?
Pourquoi ne pas investir massivement dans la captation, le traitement, le stockage et l’exploitation de ces ressources afin d’augmenter la quantité d’eau disponible pour la population ?
Le débat devient d’autant plus important que les Mahorais connaissent depuis plusieurs années des difficultés d’accès à l’eau. Comment expliquer qu’un territoire disposant de telles ressources naturelles continue de rencontrer autant de difficultés pour alimenter les robinets de sa population ?
17 sources, mais les Mahorais continuent de payer
C’est précisément là que l’incompréhension devient plus forte. Mayotte disposerait de 17 sources exploitables toute l’année, mais aucun investissement suffisamment ambitieux ne serait engagé pour permettre aux Mahorais de profiter pleinement de cette richesse naturelle et, à terme, envisager une eau beaucoup moins chère, voire gratuite.
Pour 976 News, cette possibilité mérite au minimum d’être étudiée et chiffrée. Si ces ressources existent, quel serait le coût nécessaire pour les exploiter pleinement ? Quelle quantité d’eau pourraient-elles fournir ? Et surtout, dans quelle mesure leur exploitation permettrait-elle de diminuer la facture des habitants ?
Pendant ce temps, les projets de dessalement occupent une place importante dans les solutions envisagées pour répondre aux besoins du territoire.
Or, une usine de dessalement ne signifie pas que les Mahorais cesseront de payer leur eau. Au contraire, ils continueront à recevoir des factures pour accéder à cette ressource.
C’est ce choix qui nourrit une critique de plus en plus forte : pourquoi demander encore aux Mahorais de mettre la main à la poche si des solutions alternatives potentiellement moins coûteuses existent sur leur propre territoire ?
« Des poules pondeuses d’argent » ?
Pour certains Mahorais, le sentiment est désormais celui d’une population à laquelle on demanderait toujours de payer davantage, au point d’être considérée comme une sorte de « poule pondeuse d’argent ».
La critique exprimée est sévère : l’État privilégierait une politique dans laquelle les Mahorais continueront à payer plutôt qu’une politique d’investissement massif dans les ressources naturelles de Mayotte susceptible de réduire considérablement le coût de l’eau.
Des habitants font état de factures dépassant 1 000 euros et, dans certaines situations rapportées, de montants supérieurs à 10 000 euros. De telles sommes ne peuvent qu’alimenter l’incompréhension lorsqu’en parallèle la question de l’exploitation des ressources naturelles de l’île reste posée.
Une interrogation plus dérangeante apparaît alors : les pouvoirs publics se seraient-ils habitués à considérer que les Mahorais accepteront toujours de payer plus cher, même lorsque des solutions alternatives présentées comme moins coûteuses, voire potentiellement gratuites pour l’usager, pourraient être étudiées ?
Le dessalement et la crainte pour l’environnement
Au-delà du coût pour les habitants, le choix du dessalement suscite également des inquiétudes environnementales.
Le procédé de dessalement entraîne nécessairement des rejets issus du traitement de l’eau de mer. Dans un territoire entouré par un lagon exceptionnel et abritant une biodiversité marine particulièrement importante, la question de l’impact de ces rejets ne peut pas être négligée.
Pour une partie de la population, le développement de ces installations pourrait représenter un risque supplémentaire pour le milieu marin et notamment pour les coraux, si les rejets ne sont pas correctement maîtrisés.
Les Mahorais sont donc en droit de demander : quelles garanties seront apportées pour protéger le lagon ? Où seront rejetés les résidus issus du dessalement ? Quels contrôles environnementaux seront réalisés ? Et quelles conséquences ces installations pourraient-elles avoir à long terme ?
Une crise volontairement entretenue ? Une suspicion qui existe
Face à la persistance des difficultés d’approvisionnement malgré l’existence de ressources naturelles, une suspicion s’installe chez certains Mahorais : le manque d’eau dans les robinets aurait-il été volontairement laissé perdurer afin de rendre indispensable le recours aux usines de dessalement ?
Il s’agit bien d’une suspicion et non d’un fait établi. Mais cette interrogation existe et traduit surtout une perte de confiance dans la manière dont la politique de l’eau est conduite à Mayotte.
Pour répondre à cette défiance, la transparence apparaît indispensable. Il faudrait notamment expliquer publiquement ce que peuvent réellement produire les 17 sources évoquées, combien coûterait leur exploitation, quelles autres ressources peuvent être mobilisées et pourquoi certaines solutions sont privilégiées par rapport à d’autres.
Mayotte doit-elle reprendre la maîtrise de son eau ?
Au fond, la question dépasse largement celle d’une usine de dessalement. Elle concerne la maîtrise par Mayotte de l’une de ses ressources les plus essentielles : l’eau.
Si le territoire dispose réellement de 17 sources permanentes et de dizaines d’autres ressources saisonnières, leur potentiel doit être précisément évalué et présenté à la population.
Pourquoi ne pas mettre en place une véritable politique permettant d’exploiter davantage ces ressources ? Pourquoi ne pas étudier sérieusement la possibilité d’une eau beaucoup moins chère pour les Mahorais, voire gratuite si les conditions économiques et techniques le permettent ?
Et surtout : pourquoi les habitants devraient-ils continuer à supporter des factures extrêmement élevées sans connaître précisément toutes les alternatives qui pourraient être développées à partir des ressources naturelles de leur propre île ?
Pour 976 News, le débat doit être posé publiquement. Les Mahorais doivent pouvoir connaître les ressources dont dispose réellement Mayotte, leur potentiel, le coût de leur exploitation, le coût du dessalement et ses conséquences environnementales.
Car derrière cette question se trouve finalement un enjeu fondamental : qui doit bénéficier en premier lieu des richesses naturelles de Mayotte, et quelle politique de l’eau voulons-nous laisser aux générations futures ?