À Mayotte, la question foncière reste l’un des sujets les plus sensibles. Posséder une terre représente bien plus qu’un patrimoine : c’est une histoire familiale, un héritage transmis de génération en génération et un lien profond avec l’identité mahoraise.
Mais aujourd’hui, certains habitants tirent la sonnette d’alarme. Selon eux, une nouvelle dynamique immobilière en plein développement sur l’île pourrait, à long terme, conduire à une forme d’expropriation progressive des familles mahoraises.
Des projets immobiliers qui séduisent de nombreuses familles
Depuis plusieurs mois, de nombreux propriétaires fonciers, notamment en Petite-Terre mais aussi en Grande-Terre, réfléchissent à construire des bâtiments de plusieurs étages sur leurs parcelles.
Face au coût extrêmement élevé de tels projets, plusieurs familles cherchent des conseils auprès de promoteurs ou de grandes sociétés du bâtiment.
Selon certains témoignages, des groupes privés encourageraient alors les familles à céder leurs terrains dans le cadre de projets immobiliers collectifs. En échange, les héritiers obtiendraient des appartements construits sur le terrain vendu.
Sur le papier, le modèle paraît attractif :
- plus besoin de financer seul un immeuble,
- des logements modernes,
- et la promesse de conserver un bien immobilier sur le terrain familial.
La peur d’un piège à long terme
Mais derrière cette solution présentée comme avantageuse, certains dénoncent ce qu’ils considèrent comme une véritable “arnaque déguisée”.
Leur inquiétude porte surtout sur les générations futures.
Car une fois les appartements transmis aux enfants puis aux petits-enfants, les situations d’indivision risquent de se multiplier. Dans des familles nombreuses, il deviendrait extrêmement difficile de partager équitablement un appartement entre plusieurs héritiers.
Résultat : les descendants pourraient être contraints de vendre leurs parts, souvent aux mêmes sociétés ayant lancé les projets immobiliers.
À terme, selon ces critiques, les terrains historiquement détenus par des familles mahoraises pourraient progressivement passer sous le contrôle de grands groupes immobiliers ou de sociétés extérieures.
Le rôle central des banques dans les inquiétudes
Autre point soulevé : l’accès au crédit bancaire.
Plusieurs habitants estiment que les Mahorais rencontrent déjà d’importantes difficultés pour obtenir des financements sur 25 ou 30 ans afin de construire eux-mêmes leurs immeubles.
Selon ces critiques, cette difficulté pousserait indirectement les familles à accepter les offres des promoteurs privés, faute de solutions alternatives.
Pour certains observateurs, cela crée une dépendance dangereuse :
- soit les familles s’endettent fortement avec le risque de ne plus pouvoir rembourser,
- soit elles cèdent leur terrain dans des montages immobiliers dont elles pourraient perdre le contrôle à long terme.
La peur d’une perte progressive des terres mahoraises
Au cœur de ces inquiétudes se trouve une question identitaire profonde : que restera-t-il des terres mahoraises dans plusieurs générations ?
Certains craignent qu’en cas de généralisation de ces mécanismes, une partie importante du foncier de l’île finisse entre les mains de grandes sociétés immobilières ou d’investisseurs extérieurs.
Cette peur est d’autant plus forte à Mayotte que la terre possède une valeur familiale, culturelle et symbolique très forte.
Construire autrement ?
Face à ces craintes, certaines voix appellent les Mahorais à privilégier une autre approche :
- construire progressivement,
- éviter les dettes trop importantes,
- conserver la maîtrise familiale des terrains,
- et rester vigilants face aux montages immobiliers complexes.
Pour ces habitants, l’enjeu dépasse largement la simple question immobilière. Il s’agit avant tout de préserver un patrimoine transmis depuis des générations.
Un débat qui commence à émerger
Pour l’instant, ces inquiétudes restent surtout portées par des citoyens et certaines discussions locales. Mais avec l’accélération des projets immobiliers sur l’île, le débat sur l’avenir du foncier mahorais pourrait rapidement prendre une place centrale dans les années à venir.
Car derrière les immeubles et les projets de modernisation, une question commence à inquiéter de nombreuses familles : Mayotte est-elle en train de construire son développement… ou de perdre progressivement ses terres ?

