Le rectorat de Mayotte a confirmé le maintien des examens prévus le 28 mai 2026, malgré le fait que cette date corresponde à l’Aïd El-Kébir, l’une des fêtes religieuses les plus importantes de l’islam. Une décision qui suscite incompréhension et colère sur l’île, où cette fête est pourtant officiellement reconnue comme jour férié, chômé et payé par la République française elle-même.
Le paradoxe est frappant : d’un côté, l’État reconnaît juridiquement l’Aïd comme jour de repos légal à Mayotte. De l’autre, ce même État, à travers l’Éducation nationale, exige des élèves mahorais qu’ils composent ce jour-là pour des examens décisifs.
À Mayotte, l’Aïd El-Kébir ne se résume pas à une simple célébration religieuse. C’est un moment central de la vie familiale, spirituelle et sociale. Dès l’aube, les familles se rassemblent après la prière, les repas sont préparés, les proches se retrouvent et le partage avec les plus démunis fait partie intégrante de cette journée.
Dans un territoire très majoritairement musulman, beaucoup estiment que maintenir des examens ce jour-là revient à demander aux élèves de choisir entre leur identité culturelle et leur avenir scolaire.
La comparaison avec l’Alsace-Moselle alimente aujourd’hui fortement les réactions. Dans ces territoires, les jours fériés religieux locaux comme le Vendredi Saint ou la Saint-Étienne sont pleinement pris en compte dans l’organisation scolaire. Aucun examen national n’y est organisé durant ces célébrations.
Alors pourquoi cette adaptation serait-elle possible pour les fêtes chrétiennes d’Alsace-Moselle, mais impossible pour les fêtes musulmanes de Mayotte ?
Une phrase résume désormais le sentiment d’une partie de la population :
« Ce que la République accorde à la croix alsacienne, elle le refuse au croissant mahorais. »
Pour de nombreux Mahorais, cette différence de traitement pose une véritable question d’égalité entre les territoires français.
Au-delà du simple calendrier des examens, cette affaire révèle un malaise plus profond : celui d’un territoire souvent intégré aux décisions nationales sans que ses réalités culturelles, religieuses et sociales soient réellement prises en compte.
Pour beaucoup, il ne s’agit pas d’une revendication communautaire, mais d’une question d’équité républicaine. Si le droit local alsacien est respecté dans l’organisation scolaire nationale, alors le droit local mahorais devrait l’être également.
Les élèves mahorais qui composeront le 28 mai devront donc passer leurs épreuves dans une journée qui, pour leurs familles, reste avant tout un moment de recueillement, de partage et de rassemblement. Une situation qui relance une interrogation devenue centrale à Mayotte : la République applique-t-elle réellement les mêmes principes à tous ses territoires ?