Face à une situation devenue de plus en plus tendue au GIP Europe à Mayotte (GIPEAM), une réunion s’est tenue hier mardi après-midi en présence de Mme Isabelle Richard, Secrétaire Générale des Affaires Régionales (SGAR), ainsi que de Mouhktar Soilihi, ex-directeur du GIP.
Pour les agents, ce rendez-vous n’était pas anodin. Il représentait un moment clé, attendu depuis plusieurs jours, avec un objectif clair : obtenir des réponses concrètes face à une organisation fragilisée et à des conditions de travail devenues particulièrement difficiles.
Une réponse immédiate à l’urgence de gouvernance
Dès les premiers échanges, une annonce structurante a été faite : un directeur par intérim sera nommé dès aujourd’hui mercredi.
Cette décision vise à rétablir un minimum de gouvernance, dans un contexte où le GIP fonctionnait sans pilote depuis la nomination de Mouhktar Soilihi, ex-directeur du GIP, au poste d’adjoint à la Secrétaire Générale des Affaires Régionales (SGAR) le 1er avril 2026.
Une situation qui, selon plusieurs agents, avait des répercussions directes sur le quotidien : ralentissement des décisions, incertitudes administratives, difficultés dans le suivi des dossiers.
Au-delà du symbole, cette nomination apparaît comme une réponse indispensable pour remettre en marche les circuits décisionnels et redonner un cadre à l’action des équipes.
Un engagement des agents enfin mis en lumière
Mais cette réunion n’a pas seulement permis d’aborder la question de la gouvernance. Elle a aussi mis en évidence une réalité longtemps restée en arrière-plan : l’implication exceptionnelle des agents du GIPEAM.
Depuis plusieurs mois, les équipes évoluent dans un contexte particulièrement exigeant, marqué par des délais serrés, des contraintes administratives fortes et une pression constante liée à la gestion des fonds européens.
Conséquence directe de cet engagement : de nombreux agents cumulent aujourd’hui plus de 50 jours de congés non pris.
Un chiffre révélateur d’un investissement hors norme, avec des périodes de travail intensif, parfois 7 jours sur 7, pour assurer la continuité de l’activité.
Leur priorité a été claire tout au long de cette période : éviter le dégagement d’office des fonds européens et sécuriser les dossiers en cours, dans un environnement où chaque retard pouvait avoir des conséquences financières importantes.
Cet engagement, essentiel au fonctionnement du GIP, s’accompagne toutefois d’un sentiment de fatigue, de pression et de manque de reconnaissance, exprimé par plusieurs agents.
Des premières réponses pour reconnaître et encadrer cet effort
Face à cette réalité, la SGAR a apporté un premier signal concret.
Elle a annoncé un avis favorable à la mise en place des CET (Congés Épargne Temps), permettant aux agents de conserver et valoriser les congés accumulés.
Une mesure attendue, perçue comme une première étape vers une meilleure prise en compte de l’investissement des équipes.
Mais au-delà de cet aspect, la réunion — à laquelle participait également Mouhktar Soilihi en tant qu’ancien directeur — a permis d’aborder des sujets plus structurants, avec plusieurs annonces destinées à redonner de la lisibilité et de la stabilité à l’organisation.
Vers une réorganisation plus globale
Plusieurs pistes ont ainsi été évoquées :
une étude en cours avec le ministère de l’Intérieur concernant le reclassement sur la grille d’indices de l’actuelle directrice adjointe,
une réflexion engagée sur l’avenir des agents contractuels, dont la situation suscite des interrogations,
et surtout, une volonté affichée de revoir en profondeur l’organisation du GIP.
À travers ces annonces, un message clair a été transmis aux équipes : “tout va être revu”.
Une déclaration qui traduit une prise de conscience de la situation actuelle, mais qui reste désormais attendue dans sa traduction concrète sur le terrain.
Une mobilisation qui se poursuit dès ce matin
Dans la continuité de cette réunion, une assemblée générale d’urgence est prévue ce matin, afin de délibérer sur les grandes orientations et les mesures annoncées la veille.
Cette étape apparaît déterminante pour les agents, qui souhaitent désormais s’approprier les décisions évoquées et participer activement à la reconstruction d’un cadre de travail plus stable.
Un fonctionnement institutionnel partagé
Il convient de rappeler que le conseil d’administration du GIP Europe à Mayotte repose sur un équilibre institutionnel précis :
50 % des membres représentent l’État, sous l’autorité du préfet de Mayotte
50 % représentent le Département-Région Mayotte, sous la présidence de Ben Issa Ousseni
Cette gouvernance partagée souligne l’importance des décisions à venir, qui engagent à la fois les responsabilités de l’État et celles des autorités locales dans le pilotage de l’établissement.
Des enjeux qui dépassent le cadre interne
La situation du GIPEAM ne se limite pas à une question d’organisation interne. L’établissement occupe une place stratégique dans la gestion des fonds européens à Mayotte, notamment le FSE+ et le FEDER, qui financent de nombreux projets sur le territoire.
Dans ce contexte, toute instabilité organisationnelle représente un risque majeur, pouvant entraîner des retards, des pertes financières, voire compromettre certains programmes.
La crise actuelle apparaît ainsi comme un révélateur : celui de fragilités structurelles, mais aussi d’un besoin urgent de gouvernance claire, stable et efficace.
Une attente forte de résultats concrets
À l’issue de cette réunion, une chose est claire :
les agents attendent désormais des actes à la hauteur des annonces.
Leurs attentes sont précises :
une direction pleinement opérationnelle
une reconnaissance réelle de leur engagement
une vision claire et durable pour l’avenir du GIP
Car au-delà des tensions, c’est bien la crédibilité du GIPEAM — et la bonne gestion des fonds européens à Mayotte — qui se joue dans les prochaines semaines.
Et pour beaucoup, une conviction s’impose désormais : le temps des ajustements ne suffit plus, place aux décisions.

