À Mayotte, l’insécurité n’est plus un simple sujet de débat : c’est une réalité quotidienne vécue par une grande partie de la population. Vols, agressions, violences urbaines… les symptômes sont visibles partout. Mais derrière ces manifestations, certains posent une question bien plus dérangeante : et si les racines profondes de cette insécurité se trouvaient ailleurs, bien en amont, au cœur même du système de santé, et plus précisément au Centre Hospitalier de Mayotte (CHM) ?
Sur l’île, les chiffres sont sans appel. Plus de 10 000 naissances sont enregistrées chaque année, un volume exceptionnel pour un territoire de cette taille. Face à cette pression constante, le CHM fonctionne en surcharge permanente. À Mamoudzou, la maternité est saturée, les équipes sont débordées, et les conditions d’accueil sont souvent dégradées. Des accouchements peuvent se dérouler dans les couloirs, faute de place, tandis que les séjours sont écourtés au maximum, réduisant fortement la qualité du suivi médical. Cette situation, devenue presque banale, interroge sur la capacité du système à absorber une telle dynamique.
Une explosion des naissances dans un système gratuit.
Mayotte se distingue par une particularité majeure : l’accouchement y est entièrement gratuit. L’État ne finance pas chaque naissance individuellement, mais se contente d’une dotation globale. Autrement dit, qu’il y ait 5 000 ou 10 000 naissances, le coût direct pour l’État ne varie pas réellement.
Pourtant, la réalité économique est tout autre. En métropole, un accouchement sans complication est estimé à environ 2 500 euros, alors qu’à Mayotte, il coûtait encore autour de 300 euros il y a une vingtaine d’années. Depuis l’évolution de ce modèle (devenu gratuit), un phénomène s’est accentué : une augmentation massive et continue des naissances.
Pour certains observateurs, le message envoyé est clair : faire des enfants à Mayotte ne représente aucun coût, et aucune politique publique ne vient encadrer ou réguler cette situation. Dans ce contexte, la gratuité, censée être une mesure sociale, devient un facteur qui alimente une dynamique incontrôlée.
Aucune prévention, aucune régulation.
Ce qui inquiète davantage encore, c’est l’absence de réponse structurelle. Aucune campagne de sensibilisation d’envergure n’est mise en place, aucun dispositif fort ne vient accompagner les familles ou informer sur les conséquences des grossesses répétées.
Sur le terrain, les professionnels eux-mêmes constatent un manque de discours de prévention. Il n’existe pas de stratégie claire pour :
- informer les jeunes femmes sur les risques pour leur santé,
- accompagner les mères dans des parcours de vie stables,
- ou encore limiter les grossesses précoces et répétées.
Les conséquences sont visibles. Aujourd’hui à Mayotte, certaines femmes âgées de 34 à 36 ans peuvent avoir jusqu’à 12 enfants, tandis que des adolescentes de 14 ans sont déjà mères à plusieurs reprises. Ces situations ne relèvent plus de l’exception, mais d’une réalité qui s’installe durablement dans le paysage social.
Une pression démographique aux conséquences sociales.
Cette croissance démographique rapide pose une question essentielle : celle de la capacité des familles à encadrer et éduquer leurs enfants.
Dans des foyers déjà fragilisés économiquement, gérer une fratrie nombreuse devient un défi quotidien. Le manque de temps, de moyens et d’accompagnement entraîne inévitablement des difficultés éducatives.
Avec le temps, ces déséquilibres produisent des effets visibles :
- des enfants livrés à eux-mêmes,
- un manque de repères,
- et une jeunesse qui grandit sans encadrement suffisant.
Dans ce contexte, la délinquance n’apparaît plus comme un phénomène isolé, mais comme la conséquence progressive d’un déséquilibre social profond.
Immigration, naissances et contradictions de l’État.
Un autre élément alimente le débat : la part importante de naissances issues de femmes étrangères, souvent évoquée à plus de 85 %. Dans un territoire déjà marqué par une forte pression migratoire, cette réalité accentue les tensions.
Dans le même temps, l’État multiplie les opérations de lutte contre l’immigration clandestine :
- Opération Shikandra
- Opération Coup de poing
- Opération Wuambushu 1 et 2
- Opération Place nette
- et plus récemment, Opération Kingia, toujours accompagnée du même discours : davantage de moyens pour lutter contre l’insécurité.
Mais sur le terrain, une contradiction majeure apparaît. Des femmes en situation irrégulière sont interpellées, parfois sans prise en compte de leur situation familiale. Certaines sont reconduites alors qu’elles ont des enfants en bas âge restés à domicile.
Les témoignages évoquent des cas où aucune vérification approfondie n’est effectuée. Résultat : des enfants laissés seuls, sans encadrement, livrés à eux-mêmes.
Un cercle qui alimente la violence.
Peu à peu, un schéma inquiétant se dessine, et il semble se répéter depuis des années :
- des naissances en masse au CHM
- des familles fragilisées
- des parents éloignés ou expulsés
- des enfants livrés à eux-mêmes
- et une jeunesse qui bascule dans la violence
Pour certains, ce mécanisme n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans une continuité de politiques publiques anciennes, déjà critiquées par le passé. Avec le temps, ce cycle semble s’autoalimenter, sans véritable réponse structurelle pour l’interrompre.
Le CHM au cœur du débat.
Dans ce contexte, la formule “le CHM maîtrise l’insécurité” prend tout son sens. Elle ne vise pas l’institution en elle-même, mais le rôle central qu’elle joue dans une dynamique plus large.
Le CHM devient malgré lui le point de départ d’un enchaînement de déséquilibres : démographique, social, éducatif et sécuritaire.
Entre gratuité totale, absence de régulation, pression migratoire et manque de politiques publiques adaptées, le système semble produire des effets qu’il ne parvient plus à maîtriser.
Une question qui dérange.
Aujourd’hui, une question persiste, et elle dérange profondément : Pourquoi aucune politique sérieuse n’est mise en place pour anticiper, réguler et accompagner cette situation ?
Car derrière les opérations sécuritaires, les annonces politiques et les discours répétés, une réalité s’impose : la misère s’installe, la jeunesse se fragilise… et l’insécurité continue de croître.