« Mayotte me manque, mais je ne peux pas y retourner avec mes enfants dans cette situation »

Rachida a 37 ans. Maman de trois enfants, aide-soignante de formation devenue récemment pâtissière, elle vit en métropole depuis 24 ans. Si elle a quitté Mayotte jeune, ce départ ne s’est pas fait de gaieté de cœur. « C’était surtout pour les études. Comme beaucoup de parents mahorais, les miens pensaient que la métropole offrait plus de possibilités. Mais quitter Mayotte a été un crève-cœur », confie-t-elle.

Aujourd’hui encore, son attachement à l’île reste intact. Pourtant, lorsqu’elle évoque la situation sécuritaire actuelle, le constat est amer. Pour elle, la violence qui touche Mayotte ne relève pas d’une seule cause. « Il y a plusieurs responsables. L’immigration non encadrée, avec des enfants livrés à eux-mêmes, crée des situations dramatiques. Ces jeunes finissent par voler, agresser, racketter. »

Rachida pointe également la responsabilité des parents, mais aussi celle des institutions. « Quand certains parents n’assument plus leurs enfants au moment des interpellations, quand les forces de l’ordre n’ont pas de suite réelle à donner, ces enfants se retrouvent seuls. À qui la faute, au final ? » Elle estime que l’État a les moyens d’agir. « Si le gouvernement voulait vraiment régler le problème, il pourrait le faire. Ailleurs, ça fonctionne. Pourquoi pas à Mayotte ? »

Face à cette insécurité persistante, elle dit comprendre ceux qui en viennent à se faire justice eux-mêmes. « On est dans une loi de la jungle. Si tu ne te défends pas, tu risques gros. Porter plainte ne mène souvent à rien, et les agresseurs sont relâchés. Il en va parfois de la survie. »

L’idée que des Mahorais se procurent des armes à feu ne l’étonne donc pas. Déjà en 2016, lors d’un séjour sur l’île, la peur était présente. « J’avais l’impression d’aller dans une zone de guerre. Je n’avais pas d’arme, bien sûr, mais je me déplaçais avec du gaz lacrymogène pendant toutes mes vacances. » Aujourd’hui encore, elle reconnaît avoir envisagé d’obtenir un permis de port d’arme, uniquement dans une logique d’autodéfense. « La situation n’est juste pas vivable. »

Si Mayotte lui manque profondément, c’est surtout celle d’hier. « La Mayotte d’avant, où les portes restaient ouvertes, où on s’asseyait sur son baraza sans crainte. Aujourd’hui, c’est devenu impossible. » Revenir vivre sur l’île avec ses enfants n’est donc pas envisageable à court terme. « Je ne peux pas leur imposer de vivre dans l’angoisse permanente, avec la peur des agressions, des machettes, des caillassages. »

Pour autant, Rachida ne ferme pas définitivement la porte. « J’ai espoir de revenir un jour. On ne peut pas fuir toute sa vie. J’ai besoin de me retrouver sur ma terre natale. J’espère pouvoir y vivre en paix. Et si ce n’est pas en paix… alors il faudra se battre. Ce n’est pas une déclaration de guerre, c’est un cri du cœur. »

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