Plusieurs mois se sont écoulés depuis que le cyclone Chido a frappé Mayotte, laissant derrière lui un territoire meurtri et une population en quête de réponses. Si la reconstruction devait être une priorité, nombre d’habitants, de commerçants et d’acteurs locaux dénoncent aujourd’hui des mesures jugées insuffisantes, voire inadaptées à la réalité insulaire.
Dans un contexte déjà fragilisé, la fermeture administrative de restaurants, de boulangeries ou encore les restrictions imposées à la pêche sont ressenties comme autant d’entraves à la reprise. « Au lieu d’aider, on nous impose de nouvelles contraintes alors que l’économie locale peine à se relever », déplore un professionnel du secteur. Parallèlement, la hausse des prix des produits de première nécessité alimente le sentiment d’une reconstruction dont le fardeau pèserait davantage sur les ménages que sur les institutions.
Des témoignages recueillis dans les jours qui ont suivi le cyclone font également état de pratiques jugées discriminatoires dans l’accès aux commerces. En Petite-Terre, certains supermarchés auraient réservé des créneaux matinaux — entre 7 h et 8 h — aux « fonctionnaires », officiellement pour faciliter leur approvisionnement. Or, beaucoup d’habitants ont perçu cette organisation comme une priorité accordée aux personnels venus de l’Hexagone, renforçant le malaise et l’incompréhension. D’autant plus que les images relayées à la télévision, montrant files d’attente et bousculades, ne reflétaient pas, selon eux, la réalité du terrain.
La gestion de la distribution d’eau potable et de l’aide d’urgence a elle aussi suscité des critiques. Certains élus locaux, accusés de mauvaise gestion, affirment pourtant avoir simplement redistribué les ressources reçues, pointant du doigt une communication défaillante entre les différentes instances.
Pour nombre de Mahorais, cette accumulation de décisions renforce l’idée d’un quotidien rendu plus difficile par l’État, au lieu de faciliter la reconstruction. « On a l’impression qu’on nous pousse à partir, comme si le développement de Mayotte devait se faire sans nous », confie une habitante, illustrant un malaise largement partagé dans l’île.
L’annonce de prêts à taux zéro censés aider à la reconstruction suscite, elle aussi, la défiance. Les conditions d’accès à ces dispositifs sont jugées inadaptées à la réalité sociale mahoraise : « Beaucoup d’entre nous ne peuvent pas en bénéficier, c’est une annonce sans effet concret », regrette un résident.
Au-delà de l’économie, c’est le décalage entre les annonces nationales et la situation locale qui cristallise les frustrations. Les débats menés à Paris semblent loin des préoccupations quotidiennes des Mahorais, qui peinent à voir des améliorations tangibles dans leur vie de tous les jours.
La question foncière ajoute une dimension supplémentaire à l’inquiétude générale. Plusieurs voix s’élèvent contre ce qu’elles perçoivent comme un risque d’expropriation progressive, ou de modification du statut du foncier au profit d’intérêts extérieurs, notamment dans le cadre de réformes récentes. Qu’elles soient fondées ou non, ces craintes reflètent une anxiété profonde face à l’avenir de l’île.
Entre inflation, lourdeurs administratives, tensions sociales et interrogations sur l’action publique, l’après-Chido reste marqué par une attente forte d’actions concrètes et durables. Beaucoup rappellent avoir déjà subi de plein fouet la catastrophe et estiment que les promesses gouvernementales tardent à se traduire sur le terrain. Certains vont même jusqu’à affirmer que les conditions de vie se sont durcies, les contraignant à se débrouiller seuls pour reconstruire ce qui a été détruit.
Dans ce climat de défiance, le rôle des élus locaux est également questionné. Nombre de Mahorais attendent d’eux qu’ils défendent avec plus de vigueur les intérêts de la population face à l’État, alors que la crainte d’un développement sans les Mahorais eux-mêmes se fait de plus en plus prégnante sur l’île.
Question : Quelles sont les réelles intentions de l’état ?

