Une nouvelle nomination administrative vient d’être officialisée à Mayotte. Par arrêté du 31 mars 2026, publié au Journal officiel, Soilihi Mouhktar est nommé adjoint à la Secrétaire Générale pour les Affaires Régionales (SGAR) auprès du préfet de Mayotte.
Une promotion qui, sur le papier, marque une évolution de carrière. Mais sur le terrain, son départ du GIP Europe à Mayotte (GIP EAM), qu’il dirigeait depuis mai 2024, soulève de nombreuses interrogations et provoque un climat de forte inquiétude parmi les agents.
Un départ précipité aux conséquences immédiates
Selon plusieurs témoignages internes, les salariés du GIP auraient appris ce départ de manière informelle, avant qu’une réunion ne soit organisée le 31 mars pour officialiser la nouvelle.
Depuis le 1er avril 2026, une situation préoccupante s’est installée : le GIP EAM ne disposerait plus d’ordonnateur, fonction pourtant essentielle au fonctionnement de l’établissement. Or, le directeur en est le seul détenteur, et aucun dispositif de délégation de signature n’aurait été mis en place.
Conséquence directe : le paiement des salaires des agents pourrait être compromis dès ce mois-ci.
Face à cette situation, plusieurs agents expriment un sentiment d’abandon et d’impréparation, évoquant un établissement laissé sans pilotage clair ni organisation transitoire.
Une organisation fragilisée et des incertitudes multiples
Au-delà de la question immédiate des salaires, c’est l’ensemble du fonctionnement du GIP qui semble fragilisé. Plusieurs agents pointent un manque d’anticipation dans la gestion du départ, notamment sur les aspects comptables et des ressources humaines.
Aucune organisation intérimaire clairement définie, aucune transmission structurée des dossiers sensibles :
pour certains, le constat est sans appel — “c’est le vide”.
Cette situation intervient alors que le GIP EAM est engagé dans la gestion de fonds européens, avec des enjeux importants. Le risque évoqué en interne est celui d’un découragement des équipes, pouvant entraîner des retards, voire des pertes financières pour l’établissement.
Dans ce contexte, une critique revient avec insistance en interne : ceux qui ont encouragé cette nomination auraient privilégié la carrière individuelle d’une personne au détriment de l’organisation du GIP, accentuant le sentiment d’incompréhension parmi les agents.
Des agents mobilisés mais peu reconnus
Le malaise exprimé ne date pas d’hier. Plusieurs agents rappellent leur forte mobilisation ces derniers mois, avec des rythmes de travail soutenus, parfois 7 jours sur 7, y compris la nuit, pour éviter la perte de financements liés aux programmes européens.
Ils évoquent notamment leur implication dans des dossiers complexes, tels que les audits ou la gestion des fonds du programme 2014-2020, afin d’éviter le dégagement d’office.
Pourtant, selon ces mêmes témoignages, leurs efforts n’auraient pas été reconnus à leur juste valeur, les résultats étant principalement attribués à la direction.
Recrutements contestés et inquiétudes pour l’avenir
D’autres points de tension émergent, notamment autour des processus de recrutement. Certains responsables de pôle auraient été écartés des décisions, renforçant un sentiment de mise à l’écart au sein de l’établissement.
Par ailleurs, l’avenir des agents contractuels présents depuis la création du GIP suscite une vive inquiétude. Aucune projection claire n’aurait été communiquée, laissant planer le doute sur leur situation professionnelle dans les mois à venir.
Une promotion qui interroge
Si la nomination de Soilihi Mouhktar à un poste stratégique auprès du préfet s’inscrit dans une logique de carrière, elle laisse derrière elle un établissement fragilisé et des équipes en attente de réponses.
Entre vide organisationnel, incertitudes financières et malaise interne, le départ de l’ancien directeur du GIP EAM pose désormais une question centrale :
comment assurer la continuité d’un service public essentiel dans de telles conditions ?

