Mayotte face au paradoxe de la COI : premier financeur, toujours exclue

Le 8 juin 2026, la France a officiellement pris la présidence tournante de la Commission de l’océan Indien (COI) lors du Conseil des ministres organisé à Moroni, aux Comores. À cette occasion, Paris a une nouvelle fois affiché sa volonté de voir Mayotte intégrer pleinement cette organisation régionale qui réunit les Comores, Madagascar, Maurice, les Seychelles et la France au titre de La Réunion.

Mais la réponse des autorités comoriennes a été immédiate : pour Moroni, « Mayotte est comorienne » et la question de son intégration n’est pas à l’ordre du jour. Une position inchangée depuis plusieurs décennies malgré les demandes répétées des élus mahorais et des représentants de l’État français.

Une revendication ancienne toujours sans résultat

Depuis son adhésion à la COI en 1986, la France siège uniquement au titre de La Réunion. Mayotte demeure absente des instances de décision régionales, malgré son statut de département français depuis 2011.

Au fil des années, plusieurs responsables gouvernementaux français ont tenté de faire évoluer cette situation. Des démarches ont été entreprises lors des précédentes présidences françaises de la COI, sans résultat concret. Quelques coopérations techniques ont vu le jour, notamment dans le domaine sanitaire, mais elles restent limitées et ponctuelles.

Pour de nombreux élus mahorais, cette situation est devenue difficilement compréhensible. L’île se trouve au cœur de l’océan Indien, partage les mêmes enjeux que ses voisins en matière de sécurité maritime, de santé publique, d’environnement ou encore de développement économique, mais reste tenue à l’écart des principales instances de coopération régionale.

Le paradoxe du principal bailleur exclu

L’un des arguments les plus souvent avancés par les défenseurs de l’intégration de Mayotte concerne le financement de la COI. La France est aujourd’hui le premier contributeur de l’organisation et participe de manière déterminante à son fonctionnement et à ses projets.

Cette réalité alimente un sentiment d’injustice chez de nombreux Mahorais qui estiment paradoxal qu’un territoire français demeure exclu d’une organisation largement soutenue par des financements français.

Plusieurs parlementaires ont d’ailleurs interpellé le gouvernement sur cette situation, estimant qu’il devient difficile de justifier durablement une telle contradiction entre contribution financière et absence de représentation.

Des conséquences concrètes pour le territoire

Au-delà de la dimension diplomatique, cette exclusion a également des répercussions pratiques. Dans une région régulièrement exposée aux catastrophes naturelles, aux enjeux sanitaires ou aux défis sécuritaires, l’absence de Mayotte dans certains dispositifs régionaux limite les possibilités de coopération et d’anticipation.

Les élus locaux rappellent que l’intégration de l’île permettrait de renforcer les échanges avec les pays voisins sur des sujets essentiels tels que la gestion des risques naturels, la santé, l’éducation, la formation ou encore la protection de l’environnement.

Une question toujours en suspens

Quarante ans après la création de la Commission de l’océan Indien, la question de la place de Mayotte demeure entière. Malgré les engagements répétés de Paris et les revendications constantes des élus mahorais, aucun consensus régional ne semble aujourd’hui se dessiner.

La nouvelle présidence française de la COI sera donc observée avec attention à Mayotte. Beaucoup espèrent qu’elle permettra enfin de faire avancer un dossier devenu symbolique de la place de l’île dans son environnement régional. D’autres redoutent au contraire qu’elle ne débouche, une fois encore, sur de nouvelles déclarations sans conséquences concrètes.

Une certitude demeure : pour de nombreux Mahorais, la question n’est plus seulement diplomatique. Elle touche désormais à la reconnaissance même de leur territoire au sein de l’espace régional auquel il appartient géographiquement, historiquement et économiquement.

Related posts

Mayotte face au paradoxe de la COI : premier financeur, toujours exclue

Trois ministres à Mayotte en juin 2026 : et après ?

Pourquoi tout le monde finit-il par rompre avec Estelle Youssouffa ?