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Procès racial du Syndicat des Eaux : Les cadres muzungus ne sont pas appelés à la barre.

À la barre, l'ancien président du SIEAM. Un procès politique sur fond de crise de l'eau à Mayotte

par La Rédaction
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Ce lundi s’ouvrent à Paris les débats devant la 32ème chambre correctionnelle dans l’affaire dite du Syndicat des Eaux de Mayotte. Au cœur de ce dossier qui secoue l’île depuis plusieurs années, l’ancien président Moussa « Bavi » Mohamadi est confronté à des accusations de favoritisme et de détournement de fonds publics. Mais pour celui qui a dirigé le SIEAM pendant six ans, ce procès incarne avant tout l’aboutissement d’un bras de fer politique et d’un « tri sélectif » judiciaire qu’il dénonce avec force.

Le « péché originel » : le refus de céder aux multinationales

Pour comprendre l’origine de ses ennuis judiciaires, Moussa Mohamadi remonte à 2017, année charnière de la négociation de la délégation de service public (DSP) avec la SMAE, filiale du groupe Vinci. Bavi avait commandé une expertise démontrant que l’eau fournie aux Mahorais était « trop chère ». Cette étude aurait révélé un déséquilibre notoire : alors que le contrat prévoyait des bénéfices pour le délégataire seulement après dix ans, Vinci aurait engrangé des profits importants dès la première année. C’est ce point qui a déclenché le conflit, l’ancien préfet de Mayotte l’a donc placé face à un ultimatum : signer l’avenant favorable à Vinci, ou risquer des poursuites judiciaires et le blocage du « contrat de progrès » de 140 millions d’euros. Bavi est allé au bout de son raisonnement pour défendre les intérêts locaux.

Un procès racial : l’exclusion des cadres métropolitains

L’un des axes majeurs de sa défense est sans doute l’accusation d’un « procès racial ». L’étonnement se pose sur la composition du banc des prévenus, où ne figurent que des « natifs de Mayotte », des mahorais. Nous souligons l’absence dans la procédure des cadres métropolitains — les « wazungus » — qui occupaient pourtant des postes stratégiques au syndicat, comme son ancien Directeur Général des Services (DGS) ou le directeur technique, Ronan le Boissert, responsables de la validation des dossiers avant qu’ils n’arrivent sur le bureau du président. Notre interrogation :  Comment peut-on expliquer qu’on convoque le DAF, le directeur technique mahorais, le directeur de cabinet, mais aucun métropolitain ? Il y’a ici une volonté d’exclure les grands groupes tels que Vinci ou Colas de toute responsabilité pénale. Notre rédaction souligne également l’absence de l’ancien préfet à la 32ème chambre alors qu’il fait partie des éléments clés de cette affaire.

Une gestion qu’il jugeait « exemplaire » jusqu’en 2016

Face aux reproches portant sur la gestion financière, nous rappelons l’état du syndicat à l’arrivée de Bavi en 2014 : une institution minée par des « conventions caduques » et des sommes dues par l’État jamais recouvrées. Bavi a instauré, avec son directeur de cabinet, une procédure rigoureuse de mise en concurrence (règle des trois devis) là où prévalait auparavant le simple bon de commande. Il revendique même les « félicitations de la chambre régionale des comptes en 2016 » pour l’amélioration de la gestion. Le basculement vers le statut de « mauvais élève » n’est intervenu qu’au moment des négociations de la DSP, ce qui a entraîné la multiplication des contrôles de la Cour des comptes, jusqu’à ce que des dysfonctionnements de procédure soient relevés sur les bons de commande.

Le « bouc émissaire » d’une crise de l’eau trentenaire

Alors que le Parquet National Financier (PNF) évoque un préjudice de 7 millions d’euros, Moussa Mohamadi réfute catégoriquement tout enrichissement personnel. Comprenons une : Si on avai attrapé l’ancien président du syndicat avec ne serait-ce qu’un billet, il serait à l’heure actuelle déjà enfermé. Contrairement aux accusations non fondées, Bavi ne peut être tenu pour responsable de la crise de l’eau sur l’île. Nous rappelons qu’en trente ans, avant 2017, l’État n’avait pas investi un centime dans les infrastructures hydrauliques de Mayotte, laissant une population croître sans équipements adaptés. Bavi a lancé des projets essentiels comme la troisième retenue collinaire (Ourovéni), de nouveaux forages et l’interconnexion nord-sud, et les successeurs de l’exe président ont « cassé la porte du syndicat » pour s’installer, tout en se pliant aux exigences préfectorales.

Concernant l’explosion de la masse salariale, il assume une « stratégie délibérée » pour renforcer la régie de l’assainissement et ainsi mettre un terme au paiement de « 500 000 € par jour » à des entreprises privées extérieures.

« Serein mais inquiet »

À l’ouverture de ce procès, où le syndicat — désormais partie civile — réclame 1,2 million d’euros, Moussa Mohamadi se dit prêt à se défendre. Malgré son appréhension face à la puissance de l’État et de Vinci, il espère que les débats permettront aux Mahorais de comprendre « la vérité » sur les causes réelles du manque d’eau. Il balaie aussi les critiques sur son train de vie : souffrant du mal des transports. Après enquête, nous avons constaté que Bavi n’a voyagé que six fois en six ans, uniquement pour des missions de recrutement ou de signature de conventions liées à la crise. Les Mahorais doivent comprendre que ce n’est pas un procès normal.

A Mayotte, ceux qui refusent de se plier aux exigences de l’état au détriment des intérêts locaux se retrouvent devant la justice.

Ce procès s’ouvre alors même que les Mahorais n’ont toujours pas un accès normal à l’eau courante. La gestion passée du syndicat a été qualifiée de « critique » dans les rapports de la Chambre Régionale des Comptes en 2018, qui ont mis en lumière un déficit de 17,3 millions d’euros. Les débats qui s’annoncent devraient donc dépasser le simple cadre judiciaire et poser la question centrale de la gouvernance des ressources vitales à Mayotte.

Injustice : Qui sera le prochain Mahorais sur le banc des accusés ?

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