Zahrmina Ratibou : de Bandraboua aux laboratoires de recherche en chimie marine

Originaire du village de Bandraboua, à Mayotte, Zahrmina Ratibou fait aujourd’hui partie des jeunes Mahoraises ayant atteint un haut niveau d’études scientifiques. Titulaire d’un doctorat en chimie, elle s’est spécialisée dans un domaine de recherche particulièrement pointu : la caractérisation des venins de cônes marins mahorais et polynésiens.

Un parcours universitaire exigeant, construit loin de Mayotte, entre Rennes, Montpellier et les laboratoires de recherche.

Un parcours scientifique commencé à Mayotte

C’est à Mayotte que Zahrmina Ratibou effectue l’essentiel de sa scolarité. Élève au lycée de Younoussa Bamana, elle obtient en 2015 un baccalauréat scientifique, avec déjà une forte attirance pour les sciences, et plus particulièrement pour la physique-chimie.

Ambitieuse, elle choisit alors de poursuivre ses études en métropole et intègre une classe préparatoire intégrée au sein de l’École Nationale Supérieure de Chimie de Rennes (ENSCR).

Mais cette première expérience dans l’enseignement supérieur se révèle particulièrement difficile.

Le choc du niveau entre Mayotte et la métropole

Comme de nombreux étudiants mahorais partis poursuivre leurs études en métropole, elle est confrontée à un important décalage de niveau académique.

Elle explique avoir découvert des notions et des bases scientifiques qu’elle n’avait pas eu l’occasion d’aborder au lycée à Mayotte. Cette première année se solde par un échec universitaire, une période qu’elle décrit comme particulièrement éprouvante.

Malgré cette difficulté, elle refuse d’abandonner son projet scientifique.

Le choix de persévérer dans la chimie

Déterminée à continuer dans cette voie, elle rejoint ensuite un IUT de chimie à Rennes, où elle prépare un DUT spécialisé en chimie analytique et de synthèse.

Ce diplôme lui ouvre alors plusieurs possibilités : entrer directement dans le monde professionnel comme technicienne chimiste ou poursuivre des études plus longues. Zahrmina Ratibou choisit de continuer.

Attirée par les domaines pharmaceutiques, cosmétiques et la recherche scientifique, elle intègre ensuite l’Université de Montpellier.

La découverte de la chimie des biomolécules

À Montpellier, elle suit une Licence en sciences chimiques du vivant, avant d’être admise dans un Master de chimie des biomolécules.

Son Master 2 se spécialise dans les stratégies de découverte de molécules bioactives, un domaine qui consiste à rechercher, identifier et développer des molécules naturelles pouvant être utilisées dans l’industrie pharmaceutique, cosmétique ou encore agronomique.

Au fil de ses études, elle développe un intérêt particulier pour les technologies d’analyse scientifique : chromatographie, spectrométrie de masse et autres outils permettant d’étudier les ressources naturelles et les biomolécules.

Une thèse sur les venins de cônes marins

Après l’obtention de son Master en 2021, Zahrmina Ratibou envisage d’abord de revenir travailler à Mayotte. Elle contacte plusieurs structures locales, notamment des laboratoires et organismes scientifiques.

C’est finalement le laboratoire PER de Coconi qui lui propose un sujet de thèse, en partenariat avec les universités de Perpignan et Montpellier.

Entre 2022 et 2025, elle mène alors des recherches sur un sujet scientifique très spécifique :
la caractérisation des venins de cônes marins mahorais et polynésiens.

Les cônes marins sont des mollusques venimeux dont les toxines intéressent fortement la recherche biomédicale et pharmaceutique. Les travaux de Zahrmina Ratibou portent notamment sur l’analyse de la composition chimique de ces venins et sur leur potentiel scientifique.

Autre particularité marquante de son parcours :
sa thèse a été entièrement rédigée en anglais et sa soutenance s’est également déroulée en anglais, témoignant du niveau international des exigences scientifiques auxquelles elle a été confrontée durant son doctorat.

La solitude et les difficultés financières du parcours étudiant

Au-delà des études, la jeune docteure évoque également les difficultés humaines et financières rencontrées durant son parcours.

L’éloignement familial, la solitude, la pression académique et les retards de versement des aides financières ont constitué des obstacles importants, notamment durant son doctorat.

Elle explique avoir vécu plusieurs périodes compliquées, avec peu de ressources et un sentiment d’isolement fréquent, particulièrement lors de ses premières années en métropole.

Un message aux jeunes Mahorais

Aujourd’hui docteure en chimie, Zahrmina Ratibou souhaite transmettre un message encourageant aux jeunes Mahorais qui hésitent à poursuivre de longues études scientifiques.

Selon elle, il ne faut pas se limiter à ses propres peurs ni aux discours décourageants. Elle insiste sur le fait qu’un parcours universitaire ambitieux reste accessible, même lorsqu’on vient d’un territoire confronté à de nombreuses difficultés.

Elle encourage ainsi les étudiants à se lancer dans les études supérieures lorsqu’un sujet les passionne réellement, sans se laisser freiner par les doutes ou les préjugés.

Une figure inspirante pour la jeunesse mahoraise

Le parcours de Zahrmina Ratibou illustre la capacité de jeunes Mahorais à évoluer dans des domaines scientifiques de haut niveau, malgré les obstacles.

Entre recherche marine, chimie des biomolécules et doctorat spécialisé, son itinéraire représente aujourd’hui un exemple inspirant pour une jeunesse mahoraise en quête de perspectives et de modèles de réussite.

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