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La période Fani : chefferies traditionnelles et royaumes villageois indépendants

Les études ethnologiques permettent d’en apprendre un peu plus sur l’organisation traditionnelle du village, sur le fonctionnement des institutions communautaires, le mode de gouvernance, d’exercice et de transmission du pouvoir. L’organisation politique fut principalement circonscrite dans la création et la gérance des villages, unités souveraines, gouvernées chacune par le chef incontesté d’une organisation communautaire. Leur gestion fut essentiellement clanique et réduite à son expression territoriale. Il fut incarné par un chef de clan éponyme, gouvernant sa maison au mieux des intérêts de sa descendance. Aucun village ne pouvait se constituer en tant que communauté organique, s’il ne comptait pas des jeunes femmes procréatrices, capables d’assurer leur rôle géniteur pour produire et pérenniser les clans matrilinéaires qui à leur tour, allaient s’amplifier par segmentation, et généraliser le système de matriclans.

Pour sa survie, chaque communauté villageoise devait s’entourer tout autour du bâti, d’un espace de culture de subsistance avec des règles qui régissaient les rapports avec la terre, et enfin d’un espace de pâturage pour l’élevage. La présence de la mer était aussi importante dans le choix des sites d’implantation des villages pour compléter l’alimentation en protéine animale, et faciliter les échanges avec l’extérieur. Les villages s’étendaient et se multipliaient par la segmentation des lignages, par les mariages nombreux et par l’arrivée de nouveaux venus attirés par le prestige des chefs des familles dont il paraissait plus convenant de partager la communauté de destin. Le pouvoir constitutionnel réuni en congrès devait se référer scrupuleusement aux traditions.

L’univers fani était plus ou moins islamisé. Les clans royaux fixaient des règles assurant leur domination, leur privilège et la stabilité de leur pouvoir. Le droit d’antériorité d’occupation du territoire était reconnu. Le clan le plus ancien avait la prééminence sur les autres. Le principe de partage du pouvoir, entre les clans, était accepté comme base d’équilibre social dans le village et au sein de la communauté, du moins tant que le permettaient les enjeux en présence. Les chefs des matriclans royaux partageaient leur pouvoir avec les doyens des autres clans en mettant en place un système délibératif où la concertation (shiwara) et le consensus passaient avant le système majoritaire. Les Bedja, issus des classes d’âge (Bea), s’étaient vus confier des fonctions d’administration et de défense du territoire avant d’accéder au pouvoir pour gouverner.

Les premières autorités politiques étaient incarnées par le doyen de la lignée issue du fondateur du village. Le souverain convoquait et présidait les conseils pour débattre des problèmes d’intérêts communs en mettant l’accent sur le foncier. Ainsi, se créaient des villages où cohabitaient plusieurs groupes d’ascendance, chacun dans son quartier, soumis à son propre chef.

Les trois premières grandes périodes (Bantoue, Arabe et Arabo persane) furent caractérisées par les influences sociales et culturelles d’immigrants (animistes, islamisées…) et l’économie orientée pour des raisons idéologiques vers l’importation de certaines catégories de biens et des techniques destinés à faciliter l’adoption des modes de consommation, des coutumes, des formes et expressions artistiques venues des pays considérés comme les foyers des civilisations supérieures. Ces relations interculturelles et commerciales avaient créé des comportements sociaux et économiques qui, à long terme, conduisent à la restructuration de la société et à l’apparition de nouvelles entités politiques.

Les référents historiques du système traditionnel de régulation sociale sont ancrés dans les anciennes communautés villageoises, dans les chefferies territoriales Bedja et Fani et dans les sultanats. C’est à travers ces différents épisodes de l’histoire que sont affirmées les coutumes structurantes, ainsi que l’impact de l’islam syncrétique, le mythe de l’ancêtre fondateur, et la conception traditionnelle du pouvoir et de la gouvernance.

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